lundi 17 janvier 2011

LA BOITE A LUMIERE - ATELIER CINEMA




Depuis novembre 2010, des ateliers ont eu lieu avec le service enfants de La farandole et adulte Les Cèdres au CH. Valvert gràce au soutien du dispositif "Passeurs d'images" de la DRAC et du Pôle Régional de Cinéma, en partenariat avec le Centre Culturel Sarev.

Ces ateliers sont réalisés par l'intervenante, artiste et photographe, Sylvie Frémiot.

Nous avons demandé au service de La Farandole d'écrire un article dans la revue hospitalière "Vagabondages".


LA BOITE À LUMIERE


« Dans l’art, il n’y a ni forme ni objet. Il n’y a que des événements, des surgissements, des apparitions. » André Masson.



Lorsque nous avons rencontré Lise Couzinier (attachée au développement culturel de l’association Ose l’Art), nous avons longuement parlé des enfants qui fréquentent l’hôpital de jour la Farandole. Parlé aussi de nos difficultés à les accompagner au quotidien avec les outils conceptuels qui sont les nôtres. Ces enfants ne cessant de nous renvoyer à notre ignorance et notre propre castration. Nous avons aussi évoqué cette dérive du soin psychiatrique qui fait de plus en plus la part belle à la chasse aux symptômes, à l’évaluation quantitative laissant de côté ce qui à nos yeux reste l’essentiel de notre travail de soignant : la rencontre avec la souffrance de l’enfant. Comment continuer à prêter l’oreille à ce qui cherche à s’y dire avec tant d’insistance ?


La complexité des problématiques est telle que nous évoquons parfois d’autres clefs possibles. L’art en fait partie. A travers des ateliers à médiations artistiques, nous tentons une approche du soin par ce versant mais nous restons « positionnés » comme infirmiers, il nous manque un complément. Alors pourquoi ne pas cheminer avec de vrais artistes pour qui créer c’est respirer, c’est exister, c’est faire bouger les frontières mentales.

C’est dans cette optique que l’association Ose l’art nous a proposé un atelier original, entre photographie et cinéma, animé par l’artiste Sylvie Fremiot.


De quoi s’agit-il ?

Durant quatre séances, pour quatre enfants et deux infirmiers, Sylvie a mis à disposition tout un matériel visuel (rétroprojecteur, formes en papiers…), auditif (sons de la nature) et mental (son espace poétique). Elle nous a guidé dans un cheminement créatif à travers des jeux d’ombres et de lumières, de miroirs, de tracés de contours, de récit, d’écoute… Cet accompagnement stimulant a permis à chacun d’entre nous de se connecter sur ses richesses profondes et d’exprimer quelque chose de soi authentique, en toute liberté.


Dans un espace ludique, nous avons pu expérimenter différentes manières de se projeter en deux dimensions, de laisser une trace, une émotion sur la toile. Ce procédé nous a permis à tous d’être saisi par un processus créatif et libératoire. Ce qui n’est pas anodin pour des enfants trop souvent perçus comme angoissés par les changements.


Le jeu avec la lumière a provoqué des effets inattendus, les enfants se surprenant tout autant que nous-mêmes.


Il se sont proposés spontanément comme « support d’écran », comme acteur d’un jeu à plusieurs.

 
Au fil des séances, la boite à lumière (rétroprojecteur) a pris une place centrale, comme si elle était devenue un membre à part entière du groupe ; elle a provoqué en chacun d’entre nous de l’émerveillement, un « ré enchantement » même pour les soignants. Notre part infantile a pu s’exprimer et nous permettre d’être en harmonie avec les enfants et Sylvie, notre accompagnatrice.






Ce vécu artistique, intégré dans le projet de soin des enfants, a généré beaucoup de réflexions de notre part. Cela nous a renvoyé à cette phrase du philosophe Alain « Tous les arts sont comme des miroirs où l’homme connaît et reconnaît quelque chose de lui-même qu’il ignorait »






Nous y avons aussi retrouvé certains concepts théoriques que nous utilisons, développé entre autre par Laznick (la vision et le regard chez l’enfant autiste), Winnicott (le playing) ou Lacan et Freud (le stade du miroir)…


Selon nous l’alliance entre l’artiste et le soignant crée une synergie puissante pour la prise en charge des patients en psychiatrie. Cela permet d’ouvrir des espaces individualisés dans un déroulement institutionnel qui trop souvent ne produit que de l’identique.


Nous souhaiterions poursuivre cette expérience pour qu’elle devienne une démarche thérapeutique.


Céline ELIAS et Gérard REUS, Infirmiers, Hôpital de jour La Farandole, Pôle 13I03





« Etre artiste, c’est prendre un petit bout du monde malade en réparation chez soi » Edouard Baer

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